Police et proximité PDF Imprimer Envoyer
Texte de  Sebastian Roché

L’accent a été mis, depuis 2002, sur la protection des citoyens et l¹arrestation des délinquants, mais on a tourné le dos à la seconde grande mission de la police, qui est de rassurer et construire un lien de confiance, surtout avec la population défavorisée des banlieues. Aujourd¹hui, la police doit trouver d¹autres légitimités que la force. C’est une clé essentielle.

Cela suppose des réorganisations, telles que la mise en place d¹une "police de proximité", malheureusement avortée lors du mandat de Lionel Jospin. Par la suite, Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin n¹ont pas identifié cela comme une priorité. Ils ont privilégié le quantitatif (faire baisser le nombre de vols) au qualitatif (améliorer le dialogue police-population). C'est la culture du résultat contre la police de proximité.
Lorsqu¹on interroge les jeunes immigrés d¹origine maghrébine sur la perception qu¹ils ont de la police, leurs accusations portent non pas sur un éventuel racisme mais sur la violence des comportements policiers. Les jeunes, y compris ceux qui n¹ont pas commis de délits, ont une perception dégradée de la police. Or, si les gens en ont peur, elle n¹a plus de fonction de régulation. Au contraire, on va s¹en prendre à elle. On l¹a vu à Clichy-sous-Bois : avant même qu¹on sache ce qui s¹était passé, il était logique pour ces jeunes d¹attaquer la police, perçue comme un ennemi. La question des tensions police - population est très importante, et on doit aborder sans complexe la question de discrimination aussi bien face à l'emploi qu'à la police et la justice. Une démocratie évoluée doit pouvoir le faire.

Sebastian Roché
Novembre 2005

Sebastian Roché, Chercheur  à l’Institut d'Etudes Politiques de Grenoble, est l'auteur de plusieurs ouvrages sur les violences urbaines et notamment de"Police de Proximité, nos politiques de sécurité", Ed. du Seuil 2005.

 

 

 

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